L'édito Ouvrage 011
Copropriété, ABF, mur porteur : le passage obligé avant de créer
Avant les moodboards et les échantillons de matières, il y a toujours ce moment un peu moins glamour où l'on se penche sur les papiers. Un passage obligé, surtout dans une ville aussi codifiée que Paris.
Que peut-on faire lorsqu'on entreprend des travaux en copropriété à Paris ? Premier réflexe, dès qu'un chantier touche une partie commune — même depuis l'intérieur d'un appartement — direction l'assemblée générale, où l'accord doit être explicite. Une subtilité bien parisienne : les fenêtres sont très souvent classées parties communes, si bien que même les changer à l'identique passe par un vote. On prévient donc le syndic 2 à 3 mois en amont, le temps de préparer un dossier solide.
Faut-il une autorisation pour modifier un mur porteur ? Tout dépend de ce que le projet dévoile. Une ouverture bien sagement intérieure, sans toucher à la façade, se passe généralement d'autorisation d'urbanisme — mais jamais d'une étude de structure, la seule garantie que le bâtiment continue de tenir debout. Dès que la façade entre dans la danse, le permis de construire s'impose ; sinon, une déclaration préalable suffit. Et comme toujours en copropriété, l'assemblée générale reste le premier passage obligé.
Quelles sont les règles de l'ABF à Paris ? Une bonne partie de la capitale se trouve dans le périmètre de protection d'un monument historique, ce qui place discrètement beaucoup de chantiers sous le regard de l'Architecte des Bâtiments de France. Dès que la façade, la toiture, les menuiseries ou même une cour changent d'aspect, son accord entre en jeu — et son avis peut peser jusque dans le choix des matériaux. Un détail à anticiper : la mairie lui transmet systématiquement le dossier, ce qui allonge le délai d'instruction d'environ un mois.
De quoi, une fois les autorisations en poche, se consacrer entièrement à l'essentiel : la matière, la lumière, l'atmosphère.
Ces informations sont données à titre indicatif — chaque projet mérite d'être vérifié avec son syndic, sa mairie ou un professionnel avant de se lancer.
PERCHAL, CHRONIQUE D’UNE RÉNOVATION DANS LE MARAIS
Au cœur du 3e arrondissement, un appartement de 100 m² change de visage. Nommé Perchal, le chantier est mené par l'agence Ouvrage en collaboration avec Atelier Alba, pour une rénovation totale, jusque dans les moindres détails de finition.
Le point de départ : un intérieur figé dans le temps, cuisine en bois vieillissant, sol carrelé chargé d'histoire. Un carrelage à motifs géométriques beige, vert et orangé pose les bases chromatiques de tout le projet.
La cuisine incarne aujourd'hui cette philosophie : caissons en bois teinte noyer, meubles hauts laqués vert olive, robinetterie gun métal, appliques murales en forme de cône. Élément central de la pièce, un plan de travail en marbre rose veiné vient adoucir l'ensemble. À proximité, une buanderie habillée de carreaux Winckelmann Tiles reprend en écho cette même palette.
Le chantier entre dans sa dernière ligne droite, à quelques semaines de la livraison — un projet qui illustre, une fois de plus, l'approche d'Ouvrage : allier le geste contemporain au respect de ce qu'un lieu a déjà à raconter.
Le pisé, un matériau d'avenir venu du passé
La terre n'a jamais eu besoin d'être inventée. Compactée en couches successives, sans cuisson, elle donne le pisé — une technique ancestrale qui revient aujourd'hui sur le devant de la scène, non pas par nostalgie, mais par nécessité.
Premier argument, imparable : le carbone. Pas de four, pas de longs trajets — la terre vient souvent du chantier lui-même. À la clé, une empreinte carbone jusqu'à 5 à 7 fois inférieure à celle du béton, et une matière recyclable à l'infini.
Mais le pisé séduit aussi par ce qu'il apporte au quotidien. Son inertie thermique régule naturellement la température, été comme hiver ; il absorbe l'humidité ambiante et isole du bruit. De quoi alléger sérieusement la facture d'énergie d'une maison.
Il y a enfin une histoire derrière la matière. À Lyon, des immeubles entiers tiennent debout depuis le XIXe siècle, bâtis en pisé. Longtemps relégué aux vieilles fermes, ce savoir-faire s'invite désormais dans des projets résolument contemporains — un immeuble de bureaux à la Confluence, en 2019, en est la preuve.
Et il ne se limite pas au gros œuvre : enduits, cloisons, mobilier, revêtements muraux — autant de façons d'inviter sa texture brute et ses teintes de terre chez soi.
Chez Ouvrage, on aime les matériaux qui ont du sens autant que de la texture. Le pisé coche les deux cases.
L'expo à ne pas louper : Fragile beauté
Direction le Jeu de Paume, place de la Concorde, pour une exposition qui vaut vraiment le détour cet été : Fragile beauté, tirée de la collection photographique de Sir Elton John et David Furnish. Une collection colossale — plus de 7 000 tirages — dont 300 sont ici présentés, signés par une centaine de photographes internationaux, des années 1950 à aujourd'hui.
Le parcours se déploie en cinq sections thématiques, toutes construites autour d'une même tension : celle entre force et vulnérabilité, au cœur de la condition humaine. On y croise des portraits, des corps, des visages, des instants suspendus — la photographie dans ce qu'elle a de plus intime et de plus universel. L'exposition reprend et enrichit celle déjà saluée au Victoria and Albert Museum de Londres en 2024-2025, avec plusieurs œuvres inédites montrées pour la première fois à Paris.
À voir jusqu'au 27 septembre.